Les traditions ont une grande place au sein du "13"
Son insigne régimentaire, appelé aussi "impératrice" fut créée et choisi par l'ensemble des officiers du colonel Juin de Baisse en 1939. Sa réalisation fut confié à la maison Arthus-Bertrand. La guerre et la dissolution du régiment qui s'en suivi firent que l'homologation de celui ci n'eut lieu que le 24 janvier 1953 (N° G983) à la demande du colonel Roland commandant le 13ème RDP.
Voici sa définition héraldique:
"Ecu de dame de sinople à l'ombre de soleil éteint de vieil ivoire issant de la pointe accompagnée en chef de deux E et entrelacées en scriptes d'or brochant sur les rais et chargée en pointe d'une aigle impériale de sable plumetée d'or. A la bordure d'or chargée en flancs de feuilles de lauriers du même en pointe d'un listel aussi d'or portant le titre 13 dragons en chiffres et capitales gravés. Pour timbre une couronne impériale d'or brochant sur le chef de l'écu et assortie de deux lambrequins aussi d'or, en forme de banderoles, chargés d'abeilles du même."
Ses origines et son histoire se retrouve donc dans les composantes de l'insigne, comme le régiment fut créé en 1676 sous le règne de Louis XIV, on retrouve le soleil, symbole de son règne. L'aigle impériale, fait rapport au 1er Empire et à la création du régiment des dragons de la Garde par Napoléon 1er et dont l'impératrice Joséphine fut la marraine. Les armes et la couronne de l'impératrice Eugénie de Montijo rappellent eux la création du régiment des dragons de la Garde Impériale sous le 2ème Empire par Napoléon III, qui lui donna officiellement le nom des Dragons de l'Impératrice, puisque Eugénie demanda à en être marraine.
Quelques pages d' histoires.
(sources Bulletin de l'Amicale du 13°RD - 13°RDP , octobre 2002)
Formé en 1676 par le Marquis de Barbezières, le régiment, faisant partie des quatorze vieux, existe sans interruption jusqu'en 1791 portant le nom de ses Mestres de Camp successifs.
Sous Louis XIV, il participe à toutes les guerres et se distingue en particulier à Crémone, en Italie, sous les ordres du Marquis de Firmaçon.
En 1791, il devient 13° Dragons, numéro qui correspond à son rang d'ancienneté dans l'arme des Dragons lors de sa création.
***
Sous le Premier Empire, le Régiment sera de toutes les campagnes en Allemagne de 1801 à 1805, puis en Espagne en 1805. Il rejoint directement l'Allemagne pour participer aux campagnes d' Allemagne et de France. En 1812, fort de 1179 hommes répartis en 5 escadrons, il fera la Campagne de Russie sous les ordres du général Saint-Sulpice. Le régiment sera presque entièrement décimé à la fin de la campagne.
Sous les ordres de Grouchy, il n'est pas présent à Waterloo, mais avec le Maréchal Exelmans, il participe au dernier combat victorieux de l' Empire à Rocquencourt où les colonnes de Blücher sont détruites.
L'impératrice Joséphine, première marraine.
Par décret impérial daté du palais de Saint-Cloud, le 15 avril 1806, un régiment de dragons fut organisé sur le modèle des grenadiers à cheval, pour la Garde Impériale. Le recrutement se faisait dans les différents régiments de dragons de la ligne, parmi les soldats de belle prestance, totalisant dix ans de service et mesurant 5 pieds 4 pouces, soit 1,73 m.
En marche, un escadron comptait 200 dragons plus 50 vélites, incorporés pour l’occasion de façon que, si le régiment réunissait ses quatre escadrons, il alignât 1.000 hommes dont 800 « anciens » et 200 « bleus ».
Transformé pour le temps de la première Restauration en Corps royal des dragons de France, le régiment fut rétabli par l’Empereur à son retour d’exil dans la nouvelle organisation de la Garde, le 8 avril 1815.
Après la capitulation de Paris, le régiment se retira derrière la Loire et se dispersa. Le régiment fut licencié en décembre 1815. Tout était fini et pourtant, pendant de longues années et jusqu’à ce que le dernier dragon de l’Impératrice eût rendu le dernier soupir, le château de la Malmaison fut le lieu d’un pèlerinage annuel qui réunissait, le jour anniversaire de la mort de Joséphine, les survivants des fringants cavaliers dont elle avait été la marraine.
L'impératrice Eugénie, deuxième marraine.
En décembre 1855, l'Empereur Napoléon III décide la formation du régiment des Dragons de la Garde Impériale, reprenant les traditions des dragons du premier empire.
L'existence est effective le 1 juillet 1856. Le régiment est placé sous le commandement du Colonel Crespin.
Le 1 janvier 1857, l'Empereur décide que le régiment des Dragons de la Garde Impériale prendra la dénomination de:
"Régiment des Dragons de l'Impératrice"
Le 7 mai, au cours d'une prise d'armes grandiose, sur le champ de Mars à Paris,
Ils y apporteront, en plus des traditions propres au régiment les traditions des Dragons de l'Impératrice.
Successivement en garnison à:
Compiègne, Joigny et Lure, il rejoindra Melun en 1913.
La guerre de 1914-1918
D’après, « Le Général WATTEL 1878-1957 » par le Colonel de TORQUAT.
En 1913, le Capitaine Wattel est affecté au 13e Dragons, à Melun.
Le Capitaine Wattel fait campagne à la tête du 1er escadron, d’abord à cheval, puis dans les tranchées lorsque les premières batailles de rencontre et la « course à la mer » ont pris fin.
Qu’on relise le « Journal des marches et opérations » du 13e Dragons (à la 7e Division de Cavalerie), l’escadron Wattel y est constamment mentionné pour les actions d’éclat de ses officiers et de ses hommes.
Que se soit au cours des opérations de couverture du secteur de
la Wœvre
méridionale au début du mois d’août ; ou pour couvrir ensuite la retraite de notre infanterie vers l’ Argonne ;ou, enfin, au moment de la reprise de l’offensive de nos armées au premiers jours de septembre, on voit les patrouilles de reconnaissance et de combat du 1er escadron multiplier les contacts et harceler sans cesse l’ennemi, dont la cavalerie refuse le combat à l’arme blanche, s’abritant derrière des feux de mitrailleuses ou de mousqueterie.
Le 2 octobre, la 7e Division de Cavalerie est embarqué pour
la Belgique.
Le
13e Dragons, est engagé sur
la Lys
, dans la marche sur Ypres et les rudes combats à pieds dans les plaines de Poelcapelle et de Languemark où son chef de Corps, le Colonel de
La Tour
trouve une mort glorieuse. L’escadron Wattel est durement éprouvé.
Et voici le premier hiver de guerre. L’Armée Allemande, renonçant à l’offensive, s’enterre sur ses positions. Nos Régiments de Cavalerie forment des escadrons de combattants à pied pour soulager autant qu’il se peut l’Infanterie.
Au 13e Dragons, deux escadrons de marche sont ainsi formés. Wattel reçoit le commandement de l’un d’eux. On le retrouvera au printemps en Artois avec le 10e C.A., puis à l’automne, aux tranchées de Champagne, après la tentative avortée de remontée à cheval du 25 septembre 1915.
Aux environs de Souain, le 27 octobre, le secteur occupé par l’escadron Wattel est englobé dans une attaque par nappes de gaz asphyxiants ; près de 50 cavaliers sont mortellement atteints dont 3 officiers parmi lesquels le Lieutenant de Saint-Cyr, le brillant officier des reconnaissances à cheval de 1914.(1)
C’est à cette occasion que le Capitaine Wattel reçoit sa première citation à l’ordre du jour. Il y est décrit « d’un calme, d’une énergie et d’une ténacité dans l’accomplissement du devoir, d’une intelligence dans l’exécution des ordres du Commandement au dessus de tout éloge ». L’officier qui a rédigé cette citation connaissait bien l’homme : en vérité, tout Wattel est là, rassemblé dans ces deux lignes élogieuses.
Mais la guerre s’éternise.
La Cavalerie
ronge son frein, attendant vainement l’exploitation d’une offensive victorieuse qui lui permettrait enfin de sabrer l’ennemi.
Après l’échec de l’offensive de Champagne, c’est l’échec de celle de
la Somme
, survenant après les luttes épiques et sanglantes du front de Verdun. Le 13e Dragons continue son existence monotone en 1916 et 1917, avec les alternatives d’occupations de tranchées et les soins aux chevaux dans les cantonnements de l’arrière-front.
Le 28 juin 1917, le Capitaine Wattel quitte définitivement le 13e Dragons, Appelé par le Commandant Bossut, vers les toutes premières Unités de Chars.
(1) « Vers 7h30 le matin, alors que nous avions relevé des territoriaux dans la nuit, nous avons subi une attaque par gaz (en nappes) vers la ferme des marquises.
La Division
a tenu ses positions sans que les allemands aient pu les entamer. Mais nos pertes ont été sévères. J’ai le souvenir que trois Lieutenants de Wattel sur quatre, y ont trouvé la mort ; dans mon peloton, j’ai eu 6 hommes tués et 5 évacués sur 14. Le Capitaine Wattel et moi-même n’avons dû notre salut qu’au fait qu’à l’heure de l’attaque nous étions au P.C. du Chef d’escadrons de Lesterp, commandant le secteur, qui y avait convoqué les capitaines et les Lieutenants commandant les pelotons de mitrailleuses. Retournés aussitôt en première ligne, nous avions eu cependant le temps de mettre sur le nez et la bouche l’espèce de bâillon dont on nous avait gratifiés. » (Tampon imbibé d’hyposulfite de soude qui constituait un premier rudiment de masque à gaz).
(Relation du Lieutenant-Colonel de Clerville qui commandait un peloton de mitrailleuses du 13e Dragons aux ordres du Capitaine Wattel.)
Le 1 août 1914, le 13° Dragons qui fait partie de la 7° Division de Cavalerie embarque pour Commercy en vue de couvrir le flanc droit de la 3° Armée (Ruffey) face à la Woëvre. Combats de Malavilliers, d'Ardun le Roman, Merville, Spada, Saint-Mihiel. En octobre, il rejoint les Flandres. Le Colonel de la Tour est tué à la couture. Sans, à aucun moment, abandonner ses chevaux, le régiment met pied à terre et combat sur l'Yser à Langemarck, Houtulet, Steenstraete et Nordschoote.
En 1915 c'est l'Artois, secteur de Rivière, puis les lignes de Ransart la Bassée, Neuville Saint Vaast et Lens. En septembre, il rejoint la Champagne dans le secteur de Souain et des Marquises dans la montagne de Reims où un escadron subi une attaque chimique.
En 1916, il participe à la bataille de la Somme et à la défense de la tête de pont de Soissons.
En 1917, la 7° Division de Cavalerie étant dissoute, le régiment est affecté au 2° Groupe d'Armée Coloniale dans les Vosges, secteur de Badonvillers et à Verdun, secteur du Bois des Chaumes.
En 1918, les escadrons sont affectés à diverses divisions d'infanterie coloniale et combattent dans les secteurs de Chateau-Thierry, de l'Avre, de Moreuil et des Eparges ainsi qu'à la prise de Saint-Mihiel auprès des Américains.
A l'armistice, le régiment part en occupation en Allemagne sur la rive du Rhin.
Durant la guerre, le corp a perdu 11 offiiciers, 17 sous-officiers, 20 brigadiers et 137 dragons morts pour la France.
Période 1935 - 1940
Le régiment est mécanisé à partir de 1936. Il est équipé de deux escadrons de SOMUA et de deux escadrons de HOTCHKISS et forme avec le 29° Dragons la 3° Brigade Légère Mécanique de la 2° Division Légère Mécanique. Il comporte 4 escadrons de chars et le 12° Escadron anti-chars.
Le 25 août 1939, commandé par le Lieutenant-Colonel Juin de Baisse, le régiment est porté dans la région de Châtelet, face à la Belgique, puis il sera cantonné au Nouvion, puis dans la région d'Avesne où le trouvera l'offensive allemande du 10 mai 1940.
Faisant partie du Corps de Cavalerie, rataché à la 1° Armée, le 13° Dragons se trouve le 11 mai sur la Méhaigne, au nord de Huy. Pendant 3 jours ses escadrons font des reconnaissances et attaquent l'ennemi qui essaie de traverser la rivière; après une bataille de chars assez violente dans les bois de Grand Leez, le régiment se trouve le 14, derrière la position de résistance de l'infanterie qui prend à ce moment le combat à son compte avec à Gembloux, l'appui des chars du régiment. Les jours suivants, mis à la disposition des différentes Divisions d'Infanterie, il couvrira le flanc droit de l'Armée sur la Sambre, par suite du repli de la 9° Armée. Puis se sont d'innombrables engagements pour dégager les fortifications de la région de Maubeuge (Fort de Leveau), dans la forêt de Mormal et sur la frontière Belge.
Enfin le régiment participe aux défenses des lignes de la Sensée, des canaux de Pontaverdin et de la région d'Ypres, pour aboutir à l'embarquement le 31 mai à Dunkerque, non sans laisser un escadron de chars, sous les ordres du Capitaine de Lantivy, à la disposition du secteur fortifié de Dunkerque. Après un passage rapide en Angleterre, le régiment est reformé dans la région d' Evreux avec un effectif réduit à deux escadrons de chars récupérés à Montlhéry. Il combattra, couvrant le repli de l'Armée Héring, à Pacy sur Eure, Senonches t la Haye Descartes, s'accrochant au terrain, ne se repliant que sur ordre et ne laissant derrière lui aucun traînard.
L'armistice le trouve dans la région de Brantôme où il sera dissous, ses éléments formant le 8° régiment de Cuirassiers de l'armée de l'armistice.
Pendant la campagne le régiment a perdu 8 Officiers, 6 Sous-officiers et 40 Dragons, il a en outre 347 disparus ou prisonniers, dont l'escadron resté à Dunkerque et a eu 37 chars détruits, soit près de la moitié de son matériel.
Sa belle tenue au feu vaudra au régiment une citation à l'ordre de l'Armée, le 1 Escadron, une citation à l'ordre de l'Armée et l'Escadron anti-chars, une citation à l'ordre de la Division.
La renaissance 1944 - 1945
Pour conserver les glorieuses traditions du régiment et assurer le regroupement de ses anciens combattants, une association a fonctionné clandestinement à Paris pendant toute la période de l'occupation. Animée par MM. Jean Jallot et François Verneret, elle a pu faire parvenir à tous les anciens du régiment un bulletin annuel de liaison et a aussi entretenu parmi eux l' esprit de corps et la camaraderie qui les avait toujours animés.
C'est en grande partie grâce à cete association que le régiment a été reconstitué: dès la libération, quelques officiers, restés en liaison entre eux, avaient appris qu'un noyau de résistance avaient été organisé sur des bases militaires de la région d'Orléans et que des chars, en grand nombre, avaient été abandonnés intacts par les allemands en retraite au parc de Gien.
L'idée leur vint de reformer leur ancien régiment avec ses éléments et après des démarches effectuées en ce sens auprès des autorités militaires, une décision ministérielle du 7 octobre 1944 reconstituait le 13° Dragons comme régiment de chars sous les ordres du Chef d'Escadrons Georges Lesage.
A partir du 15 novembre 1944, le régiment réalise l'amalgame des anciens du régiment, des éléments des Forces Françaises de l'Intérieur du groupe Lebrun, des engagés volontaires et des réservistes rappelés pour former tout d'abord deux escadrons, puis quatre.
Le 1° Escadron, sous les ordres du Capitaine d'Aboville est engagé dès janvier 1945 sur le front de l'Atlantique et repousse une sortie des allemands dans le secteur de La Rochelle.
Le 2° Escadron suit un mois plus tard. Ils appartiennent au groupement sud, commandé par le Colonel Adeline. Le 14, le 1° Escadron contribue à la prise des avant-postes; le 15, le 2° Escadron s'empare de Saint-Georges de Didonne et pousse ses éléments avancés dans la partie sud de Royan. L'Amiral Michaelis, commandant le secteur fortifié de Royan capitule entre les mains du Capitaine Voillaume commandant le 2° Escadron qui l'a encerclé.
Le 1° Escadron porté à la pointe du Grave dès le 17 avril participe avec succès aux opérations du 18 au 20 avril qui amènent la réduction de la défense. L'Escadron SOMUA est encore engagé à l'ile d'Oléron où un peloton de chars traverse sur des radeaux pour libérer l'ile.
Le 2° Escadron (BI bis) est engagé sous La Rochelle où il entre le premier jour de la capitulation.
Présent en Allemagne comme force d'occupation, jusqu'en avril 1946 date de sa dissolution.
le régiment fut reconstitué en avril 1948 à Alençon, pour être à nouveau dissous six mois plus tard.
13 ° Régt. de Dragons Parachutistes
Recréé le 1 octobre 1952, le 13° régiment de Dragons devient parachutiste et est affecté comme régiment de chars de la 25° Division d'Infanterie Aéroportée. Il reçoit son Etendard des mains du Général Jousse en présence du Président de l'Amicale des anciens combattants du 13° Dragons.
Equipé de chars américains Pershing et d'AMX 13, le 7 septembre 1955, il abandonne son matériel lourd, perçoit des AM M8 et fait mouvement sur l'Algérie aux ordres du Colonel Audemard d'Alencon laissant le 1° Escadron en base arrière à Castres.
Mis à la disposition de la 27° Division d'Infanterie Alpine, il s'installe en Kabylie, à Palestro, Dra el Mizan, El Asnam et oued d'Aïssi, plus tard, à Azazga, Freha, Tamda et Cheurfa...
Le 1° Escadron, resté à Castres, rejoint le régiment le 10 juin 1956 et devient 4° Escadron à pied, les autres escadrons montant chacun d'un numéro.
En 1957, le régiment commémorera, le 18 mai, le centenaire de la création des Dragons de l'Impératrice du second Empire. Le 14 juillet de la même année, une partie du régiment défilera à Paris derrière son Etendard.
Le 1 octobre, le régiment est intégré à la 10° Division Parachutiste, commandé par le Général Massu.
Le 22 avril 1959, le Lieutenant-Colonel Pottier, Chef de corps, demande par téléphone à:
Son Altesse Impériale la Princesse ALIX NAPOLEON
d'assister à la Saint-Georges le lendemain et d' accepter de devenir
marraine des "DRAGONS DE L'IMPERATRICE".
Le régiment avait perçu les "FERRET" en novembre 1958.
« OBJECTIF PACIFICATION »
A la lutte impitoyable contre les rebelles en Grande Kabylie, le 13° régiment de dragons parachutistes a su joindre une action sociale exemplaire.
.24 septembre 1960 : une émouvante prise d’armes se déroule en présence du général commandant la zone Est algérois (ZEA), dans la petite ville d’Azazga : après cinq années passées en Grande Kabylie berceau de la rébellion -, où il n’a ménagé ni sa peine ni son sang dans sa besogne quotidienne, le 13° régiment de dragons parachutistes fait ses adieux à un secteur d’Algérie qu’il a beaucoup contribué à pacifier. L’émotion est intense ; tous, Européens et musulmans, savent ce qu’ils doivent aux dragons du 13. Une page d’histoire du régiment est désormais tournée.
.Pendant des années, les paras du 13° RDP ont en effet rempli une mission bien souvent ingrate. Si leur travail a d’abord consisté à poursuivre implacablement les bandes rebelles implantées dans les djebels et à détruire systématiquement l’organisation politico-administrative (OPA) du FLN, leur œuvre quotidienne de pacification n’a pas été mince. Aussi après la fanfare et le défilé, la tristesse se lit-elle sur les visages de cette population fraternelle.
La population ! C’est, au-delà du dur accrochage ou de l’intervention foudroyante, principalement d’elle qu’il s’agit ! Les dragons au béret rouge lui ont apporté sans relâche tous leurs efforts. Dans le secteur qu’ils doivent désormais quitter, outre les activités proprement opérationnelles, ils ont orienté leur action en fonction de la sécurité de la population. Pour que celle-ci se sente en sécurité, il a fallu la protéger et, pour la protéger, il a fallu être présent. C’est donc au milieu d’elle, en participant à toutes ses tâches, que les hommes du 13° dragon ont accompli une mission « sociale » impliquant durée et constance plutôt que bonnes paroles et encouragements. A l’heure où claquent les derniers ordres des commandants d’escadron en treillis camouflés et tandis que retentit le martèlement assourdi des « rangers » sur le sol d’Azazga, trois pôles représentent les perspectives d’avenir de
la Grande Kabylie
: l’école, la santé et la route.
.
Après deux ans de présence, le bilan du 13° RDP est éloquent ; il prouve que, de jour comme de nuit, officiers, sous-officiers, cavaliers et harkis ont travaillé sans relâche.
.UN SOUS-LIEUTENANT DE CAVALERIE PARACHUTISTE TOMBE AU COMBAT
Novembre 1958. Depuis quelques jours déjà, les escadrons du régiment mènent séparément des actions ponctuelles dans tout le secteur, notamment le 4°, auquel se joint le Commando du 13, qui est héliporté et déposé sur la cote 644, à peu de distance du poste d’Iril Mahani. En fouillant le village de Cheurfa-Bourzig et en ratissant les alentours, les dragons abattent quatre rebelles et arrêtent huit suspects. Au matin du 16, sous le commandement du chef de corps, toutes les unités du régiment s’ébranlent pour participer à l’opération du secteur baptisée K.S. 35.
Vers 15 heures, un peloton du 4° escadron est arrêté par un élément rebelle fortement retranché dans les rochers. Presque aussitôt, deux dragons sont blessés, dont un grièvement, par une rafale de pistolet-mitrailleur ; ils sont aussitôt évacués. Quelques instants après, un sous-lieutenant, qui avançait en tête de son peloton, est tué et tombe près des retranchements rebelles. Un dragon s’élance à son secours ; il est à son tour touché. Couverts par le feu d’un autre peloton, deux gradés, dont un lieutenant, réussissent à ramener l’arme, puis le corps du dragon déjà mort des suites de ses blessures. L’officier repart pour tenter de récupérer le corps du sous-lieutenant resté entre les lignes, mais doit abandonnéer en raison du feu nourri des rebelles.
[Des nouvelles tentatives sont faites avec l’appui de feu des fusils-mitrailleurs et un renfort du 27° bataillon de chasseurs alpins. Elles restent également sans résultat ; cependant, un rebelle est abattu au cours de ces actions. L’appui de l’aviation ayant été demandé, les T6 interviennent en mitraillant l’ennemi au plus près de la ligne de contact. Décidé à en finir, le chef de corps donne l’ordre d’utiliser le Commando du 13 pour récupérer avant la nuit le corps du sous-lieutenant. Composée d’un lieutenant et de sept dragons, l’équipe arrive sur place à 17h45 et monte un ultime coup d main qui réussit enfin : le corps et l’arme de l’officier sont récupérés.
Ainsi, brutalement, par un jour de novembre, un de ces jours ternes et gris habituels dans le djebel kabyle, au cours d’un violent accrochage dans le massif Tabourt Faziane, une rafale brève, saccadée, clouait au sol un sous-lieutenant de cavalerie parachutiste tombé pour
la France. Nul
esprit de vengeance n’anime les dragons paras, mais seulement une détermination accrue à poursuivre la piste, âpre et rude, tandis que les odeurs du combat montent encore du sol. Les derniers appels cessent. Les dernières salves crépitent et s’espacent.
Les jours suivants, on fouille les villages. Fuite des rebelles. Conditions difficiles en raison du terrain détrempé, des oueds en crue et du brouillard. Récupération de documents de propagande FLN. Arrestation de suspects… Cet enchaînement se poursuit jusqu’à la fin du mois où, à l’occasion des élections, le chef de corps décide de monter une opération qui doit assurer la sécurité et la liberté du vote. Un capitaine est désigné pour la commander.
UN DEMI-MILLIER DE CIVILS MUSULMANS EVACUES PAR HELICOPTERE SOUS LE FEU DES REBELLES
Par sa situation géographique, le rayonnement de son marabout et la richesse de ses troupeaux, le village de Hendou est devenu un des fiefs de la rébellion locale. Depuis quelques mois, malgré l’attitude parfaitement digne voire courtoise de la population à l’égard des soldats français, les fellaghas redoublent d’activité. Une ferka (section), au moins, y vit en permanence, renseignée, ravitaillée et hébergée par les habitants.
Cependant, les informations recueillies par l’officier de renseignements du 13° RDP indiquent qu’une certaine lassitude commence à s’emparer de la population, prise dans l’étau de deux volontés opposées : celle des forces de l’ordre et celle des rebelles.
30 novembre. Au lever du jour, alors que le bouclage est effectué par le 3° escadron du 6° régiment de hussards et une batterie du 61° régiment d’artillerie, le chef d’escadron des dragons paras, le capitaine, patron de la section administrative spécialisée (SAS), et le Commando du 13 pénètrent dans le village. Les rebelles, comme toujours remarquablement renseignés, viennent, une fois de plus, de le quitter.
La population est rassemblée à proximité de la djemaa (marché), où le chef d’escadron l’exhorte vigoureusement à voter. C’est alors que les hommes du village s’enquièrent d’un éventuel repli de troupes françaises et d’une certitude de protection en cas de vote massif en faveur de
la France. Ne
pouvant, évidemment, prendre la décision seul, le capitaine se met en communication radio à 8 heures avec son chef de corps, en lui faisant part des doléances des villageois de Hendou. Une consultation est rapidement effectuée auprès des autorités du secteur : évacuation et protection accordées.
Les postes radio s’activent et on ouvre immédiatement le bureau de vote en attendant l’arrivée de « Soleil » (indicatif du patron du 13). Celui-ci arrive au village à 10 heures, tandis que les élections se déroulent dans le plus grand calme.
Immédiatement, les modalités de repli sont envisagées ; il apparaît très vite que celui-ci ne pourra se faire efficacement que dans la mesure où le commandement fera intervenir des hélicoptères en nombre suffisant pour transporter les quelque 500 à 600 habitants ralliés aux autorités françaises, ainsi que leurs effets personnels de première nécessité.
Trois hélicoptères H34 se posent bientôt et, dès 11h30, la population regroupée à proximité d’une DZ gardée, commence à embarquer. Le pont aérien Hendou-Azazga fonctionne sans interruption. Dès le début de l’après-midi, il devient évident que la dernière rotation ne pourra se terminer avant 17h00, heure trop tardive eu égard aux habitudes des rebelles. Il faut des renforts d’hélicos… Malheureusement, les trois appareils supplémentaires qui devaient se poser aux alentours de 14h30, ne parviendront jamais à "Soleil "
Il est environ 16h30 lorsque les éléments amis, en surveillance au col d’Hendou, sont accrochés par un petit groupe rebelle, retranché dans les rochers boisés situés sur le sommet sud-est du col et sur le versant nord du Koudiat. Bientôt, d’autres tirs ennemis accueillent les H34 tandis qu’ils passent le col. C’est ainsi que le dernier appareil de la dernière rotation est touché par plusieurs balles, dont l’une traverse les réservoirs arrière ; un léger brouillard sous le fuselage. Comme par miracle, le feu ne prend pas, et l’hélicoptère réussit à se poser à une cinquantaine de mètres du PC opérationnel, en bout de DZ ! Le moteur est coupé, le carburant ruisselle sous le plancher !
Au même instant, des crépitements se font entendre en direction de
la DZ
; les rebelles concentrent leurs tirs depuis leurs positions retranchées, à plus de
800 m
de là. Les impacts se précisent autour de l’appareil immobilisé et du PC. Il faut évacuer les lieux d’urgence et se reporter derrière un petit bâtiment. Une dizaine de civils femmes et enfants qu’il faut encore prendre en charge sont également mis à l’abri. Le pilote de l’hélico, qui tente de rejoindre en rampant sous le feu le reste de la troupe, est frappé d’une balle au ventre. Il faut le récupérer. Tandis que le commandant du secteur obtient un tir d’artillerie plus les feux d’un avion T6 sur les positions présumées des fellaghas, un groupe de protection du 13° RDP, commandé par un maréchal des logis, entre en action et met en fuite l’élément rebelle. Pendant ce temps, un peloton du 4° escadron du régiment, demandé en renfort, est héliporté sur une petite DZ de fortune située derrière un bosquet proche.
La nuit est à présent complètement tombée : les derniers civils d’Hendou sont emportés par les mêmes hélicoptères ; ne pouvant quitter le sol, l’appareil endommagé doit être gardé pendant la nuit, qui se déroule sans incidents. Sans doute unique en son genre depuis le début de la guerre d’Algérie, l’opération « vote » d’Hendou et le ralliement de sa population sont accomplis.
LES DRAGONS PARAS IMPLANTENT LEURS ESCADRONS EN KABYLIE
L’activité opérationnelle des parachutistes du 13° dragons qui, au moment de son départ, peut s’enorgueillir d’avoir mis hors d’état de nuire dans son secteur 800 rebelles, d’avoir récupéré 400 armes et d’avoir effectué des milliers de patrouilles et d’embuscades de nuit, tant à pied qu’en blindés, n’est pas incompatible avec son activité de pacification.
Ayant, entre autres, contribué à scolariser 1 300 élèves, les dragons au béret rouge emportent avec eux l’affection et l’espoir des populations les plus faibles et les plus déshéritées. En effet, c’est à eux que fut confiée la population du douar Zekri comprenant 1 500 hommes, femmes et enfants ; à eux encore qu’incombèrent la réorganisation et la défense du village d’Oumzizou, permettant,, quelques semaines plus tard, le ralliement et l’enrôlement dans leurs rangs d’un certain nombre d’anciens rebelles ; à eux, toujours, que se rendit la population d’Hendou, tandis que l’agglomération d’Iril-Bouzel, riche de onze cents âmes, passa entièrement sous la responsabilité de l’escadron de commandement et des services (ECS), portant à dix mille habitants environ les populations entièrement organisées, contrôlées et défendues par leurs différents escadrons.
.
Poursuivant inlassablement leurs efforts, les dragons du 13 ont également réalisé des constructions dont le volume se chiffre à des centaines de mètres carrés et ont soingé un nombre considérable d’autochtones.
Leur popularité grandissante auprès des habitants a été sanctionnée par la municipalité d’Azazga, en majorité kabyle, qui a inauguré une place du 13° RDP au temps où la présence des armes française au sud de
la Méditerranée
paraissait définitive.
En novembre 1960, le régiment est réorganisé en 4 escadrons de 2 pelotons d'A.M. Ferret et 2 pelotons portés, il rejoint la 10 DP, en quittant la Kabylie.
Lors du cessez le feu, il devient régiment de réserve générale et rentre à Castres le 25 août 1962 ou il se compose d'un ECS et de trois escadrons.
Durant la guerre d'Algérie, le régiment aura perdu 3 Officiers, 15 Sous-officiers et 66 Dragons et aura eu 365 blessés.
Le 5 juillet 1963, il devient régiment interarmes de renseignement.
Ce n'est qu' en 1963 que le 13° RDP reçoit l'ordre de s'installer à Dieuze en Lorraine. Le régiment retrouve les marches de l'Est où, jadis, ses lointains anciens se sont illustrés. Le régiment est interarmes et non endivisionné, scindé en deux parties, une portion centrale à Dieuze (57) etle 2° escadron à Langenargen en Allemagne sur les bords du lac de Constance. C'est cet escadron, héritier de la 7° Compagnie Commandos (GCMA d'indochine) qui apporte dans une large mesure ses procédures et ses savoir-faire au 13. Le régiment devient le régiment de Recherche Aéroporté de l'armée française. Depuis 1963 il n'a eu de cesse de se perfectionner et de progresser, pour devenir un système de renseignement complet et autonome en mesure de recueillir, traiter et diffuser le renseignement vers le haut commandement. Il est de toutes les opérations extérieures où notre pays est engagé...